La Bourse Joanne-Otis de recherche participative en sexologie est née d’un élan collectif unique, rassemblant collègues, diplômé·es, allié·es et proches autour d’un même objectif : perpétuer une vision de la recherche profondément humaine et engagée. Avec un don de plus de 10 000 $, cette bourse vise à soutenir des projets de recherche où les communautés concernées sont des actrices clés.
Un témoignage d’admiration et de gratitude
Lorsque Joanne Otis a annoncé sa retraite du Département de sexologie, une émotion palpable a traversé ses collègues et ses étudiantes. L’idée de créer une bourse en son honneur est rapidement apparue, portée par trois chercheuses qui ont été formées à ses côtés : Jessica Caruso, Julie Descheneaux et Marie Latendresse.
« Joanne n’était pas une professeure comme les autres », explique Jessica. « Elle a façonné notre façon d’aborder la recherche, en mettant toujours l’humain au centre. On voulait un hommage qui ne soit pas seulement symbolique, mais qui perpétue son esprit. » Julie ajoute : « Cette bourse, c’est aussi un cadeau que l’on se fait à nous-mêmes. Elle nous permet de garder Joanne près du département et d’assurer que son approche continue d’inspirer les futures générations. »
Pour Marie, l’objectif est clair : « On voulait que ce qu’elle a construit ne s’efface jamais, que sa vision, son exigence et son respect profond pour les personnes restent vivants. »
Le parcours d’une chercheuse engagée
Joanne Otis a toujours refusé de dissocier la recherche de la réalité des communautés concernées. « Je n’ai jamais vraiment choisi ma programmation de recherche », confie-t-elle. « Ce sont les communautés et leurs besoins urgents qui l’ont façonnée. »
Son travail a porté sur des populations souvent marginalisées : femmes vivant avec le VIH, communautés gaies, jeunes, travailleuses et travailleurs du sexe, personnes en situation d’itinérance. Grâce à une approche participative, elle a contribué à faire avancer la prévention du VIH, à soutenir des politiques publiques telles que l’accès à la PrEP, et à fournir des données essentielles aux organismes communautaires.
« Avec Joanne, chaque voix comptait réellement », se souvient Julie. « Elle créait un espace d’écoute et de collaboration où nous apprenions à travailler avec respect et humilité. »
Cette bienveillance a marqué plusieurs générations de chercheur·ses. « Joanne ne nous a pas seulement formées comme chercheuses, elle nous a aussi appris à voir le monde autrement », ajoute Jessica.
Quand l’hommage devient un geste porteur de sens
Émue par ce geste collectif, Joanne sourit en repensant à sa carrière. « Quand je suis partie, j’ai constaté que 30 ans de travail tenaient dans six boîtes », raconte-t-elle. « Mais ce geste montre une autre réalité : mon influence ne se range pas, elle se transmet. » Elle insiste : « Ce n’est pas mon nom qui compte, mais ce que cette bourse représente, une recherche faite avec les communautés, pas seulement sur elles. »
Joanne souligne aussi l’importance institutionnelle de cette reconnaissance : « Cette bourse donne un cadre officiel à une valeur qui était souvent implicite dans nos formations. C’est une façon d’encourager les étudiant·es à s’engager dans des méthodologies respectueuses et ancrées dans la réalité des personnes concernées. »
Quel est l’impact de la bourse et à qui s’adresse-t-elle ?
La Bourse Joanne-Otis est attribuée chaque année à un·e étudiant·e des cycles supérieurs en sexologie dont le projet de recherche s’appuie sur une démarche participative forte. Dans ce type d’approche, les personnes directement concernées par la problématique ne sont pas simplement consultées : elles participent activement à chaque étape du processus, que ce soit pour définir les questions de recherche, orienter les méthodes ou co-produire les résultats.
En plaçant les communautés au cœur du projet, cette démarche transforme la recherche en un véritable outil de pouvoir (empowerment). Les connaissances générées, appuyées sur des données probantes, deviennent alors des leviers pouvant éclairer la prise de décision, influencer les politiques publiques et soutenir des changements sociaux tangibles.
L’ambition de cette bourse est claire : encourager des travaux qui contribuent à réduire les inégalités, à améliorer la qualité de vie et à transformer les pratiques et politiques dans une perspective de justice sociale.
Pour Julie Descheneaux, cette bourse est bien plus qu’un simple hommage ; c’est un moyen concret de perpétuer l’héritage de Joanne en encourageant les étudiant·es à s’engager dans une recherche authentique et profondément ancrée dans la réalité des communautés. Jessica Caruso souligne que cette influence ne s’effacera pas avec le temps : même les nouvelles cohortes qui n’ont pas connu Joanne directement entendront parler de sa vision et s’en inspireront.
Joanne, quant à elle, reçoit ce geste avec une émotion sincère. Plus qu’une reconnaissance liée à son nom, c’est la confiance portée à l’esprit de la recherche participative qui la touche profondément et qu’elle souhaite voir continuer à guider les travaux à venir.
